Ils ne se connaissaient pas depuis longtemps. En fait, ils avaient juste un ami en commun. William avait débarqué à Pepinster et elle s'était mise comme tâche de l'y intégrer. Elle l'avait invité à quelques soirées rock, lui avait proposé de venir à la messe avec elle. Sa présence attentionnée lui faisait du bien. Ce jour là, ils avaient décidé d'aller boire un verre ensemble avant la messe du soir. Elle avait trouvé l'idée excellente et était venu le chercher chez lui avant de lui laisser choisir la destination. Ils étaient finalement entré dans un café dont les murs étaient recouverts de peintures de danseuse classique dans de grands cadres de bois. "Coup de théatre", affichait l'écriteau au dessus de l'entrée. Ils étaient rentrés. Le froid qui séviçait en cette période de l'année ne permettait pas vraiment d'imaginer le contraire. Sur les tables, des papiers étaient posés pour le service. Elle avait rapidement retourné le sien lui demandant:
"Qu'est-ce que tu aimes dans la vie?"
Il ne s'était fait qu'à moitié prier avant de lui pondre une liste impressionnante. Il aimait les marchés de Noël, les oeufs au lard au petit déjeuner, les voyages particulièrement en Europe, en Afrique ou en Asie mineur, faire du piano, les cinémas indépendants, le Standart, prendre le train,... Et soudain...
"J'aime la bière, j'aime beaucoup la bière"...
Quel regard amusé! Quel enthousiasme... "Quand j'étais plus jeune, j'avais un ami qui déprimait. Je pensais qu'en le prenant par la main et en allant courir dans les champs avant de tournoyer sans fin et de se faire un pique-nique, j'arriverais à lui faire oublier ces heures sombres."
C'était elle qui venait de parler. Ils étaient cette fois à une station de train, attendant leur tour comme beaucoup à leurs côtés. Le soleil luisait, pâle... Nous étions en juin. Elle revenait d'un séjour en Espagne. Ca faisait tellement longtemps qu'elle ne l'avait plus vu. Lui, n'avait rien perdu de sa joie de vivre ou plutot de son caratère posé mais attentionné, toujours... Ses grands yeux pétillaient en l'écoutant.
"Et bien, allons le faire ce pique-nique"
Les idées sont malheureusement souvent des mirages qui n'existent plus lorsqu'on s'en rapproche mais celle-ci, bien que les chances de la réaliser étaient faibles, avait au moins l'heur d'occuper leur imagination pour un temps de joyeux bavardages.
"Il faut une nappe à carreau rouge et blanc... et un panier en osier... des saucissons et des fromages du pays... Et des baguettes françaises..."
Je ne sais plus trop qui parlait, l'un lançait l'idée, l'autre avait la même et renchérissait. Ils étaient beaux à voir. Si ces moments partagés n'étaient que court dans le temps, il comptait beaucoup. En tout cas pour elle. Quant à lui, il lui avait déjà dit qu'il l'appréciait beaucoup, ce qui n'avait pas manqué de la faire rougir. Il était cependant triste qu'elle soit souvent si absente de ce monde, si nostalgique et lointaine lorsqu'elle parlait de ses moments de bonheur.
"Ne m'en veux pas. Je promets que si le chant des oiseaux ne me parvient pas et si la nature n'est plus là pour me mettre de la joie au coeur, je mettrai des fleurs dans mon chez moi."
[dédicace à un ami]